Face au commissariat de Noailles à Marseille discours d’Issam El Khalfaoui lors de la marche des Solidarités du 14 mars 2026.
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Souheil El Khalfaoui, a été tué suite à un tir de la police dans le quartier de la Belle de à Marseille le 4 août 2021
INTEGRALITÉ DU DISCOURS — MARCHE DES SOLIDARITÉS
Nous sommes ici aujourd’hui pour une chose simple : refuser que ce pays s’habitue à l’injustice. Refuser que des vies soient prises. Refuser que des familles soient détruites. Refuser que le racisme et la violence policière deviennent la norme. Parce qu’il faut le dire clairement : le racisme ne vit pas seulement dans la bouche des racistes déclarés. Il vit aussi dans le silence. Dans la neutralité. Si on n’est pas raciste, on doit être antiraciste. Parce que la neutralité n’existe pas en matière de racisme — non, elle le nourrit. Quand on détourne les yeux, quand on relativise, quand on dit « ce n’est pas si simple », on protège le système qui tue.
Alors aujourd’hui, personne ici ne regarde ailleurs. Aujourd’hui, on est tous là. Et ceux qui regardent ailleurs — ceux qui relativisent, ceux qui se taisent — ils protègent le système qui tue. Et protéger le système qui tue — c’est tuer aussi. Ce système a des complices partout. Mais il a aussi un bras armé. Et c’est ce bras armé qui a tué mon fils Souheil. Alors parlons de la police. Dès qu’on ose parler, dès qu’on ose nommer, on nous sort le bouclier habituel : « Tous les policiers ne sont pas comme ça. » Très bien. Alors où sont les autres ? Qu’ils dénoncent les collègues racistes. Qu’ils s’opposent aux violences. Qu’ils refusent l’omerta. Un policier qui ne dénonce pas le racisme — c’est un complice. Un policier qui ne dénonce pas les violences — c’est un complice. Alors aujourd’hui, devant ce commissariat, je le dis haut et fort : pour moi, ils sont tous complices. Parce que le silence d’un uniforme protège toujours la violence d’un autre uniforme. Aujourd’hui, je parle devant le commissariat de rattachement de l’homme qui a tué mon fils. Et devant ce commissariat, on m’a traitée de chameau. Alors que je manifestais pour commémorer sa mort. Voilà la réalité. Alors on voudrait que les familles restent dignes. Qu’elles se taisent. Qu’elles pleurent en silence. Mais la dignité, ce n’est pas se taire. La dignité, c’est pouvoir hurler.
Hurler la douleur. Hurler l’injustice. Hurler le désespoir. Alors aujourd’hui, je vous demande une chose. Criez avec moi. Pas seulement pour mon fils. Pour toutes les familles qui n’ont pas eu justice. Pour tous ceux dont le nom aurait dû rester vivant.
Pour Souheil — Souheil, Souheil — on t’oublie pas, on pardonne pas ! Souheil, Souheil — on t’oublie pas, on pardonne pas !
Pour Zineb — Zineb, Zineb — on t’oublie pas, on pardonne pas ! Zineb, Zineb — on t’oublie pas, on pardonne pas !
Romain Devassine — tu as tué Souheil — Devassine, meurtrier — du sang sur les mains ! Devassine, meurtrier — du sang sur les mains !
Procureur Ribes — tu as couvert l’impunité — Ribes, complice — du sang sur les mains ! Ribes, complice — du sang sur les mains !
Laurène Capelle — tu as organisé la disparition des preuves — Capelle, complice — du sang sur les mains ! Capelle, complice — du sang sur les mains !
