Haïti : 2 conceptions opposées l’ALBA et les USA

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En Haïti la situation ne change pratiquement pas, malgré les secours internationaux énormément de personnes n’ont pas encore reçu une quelconque aide. Le contingent militaire US fort de maintenant près de 20 000 hommes borne son aide à des distributions ponctuelles et bien peu efficaces de bouteilles d’eau et de vivres. Il est vrai que le métier des militaires est tout de même plus le "maintient" de l’ordre.
C’est d’autant plus dommage qu’un exercice d’assistance avait été prévu, à priori un jour avant la catastrophe, donc le 11, sur la base du passage d’un ouragan dévastateur.

Les réfugiés haïtiens ne sont quant à eux plus admis par Washington, depuis le début de la crise des navires de guerre nord-américains sont stationnés autour des côtes haïtiennes, non pour l’acheminement de secours mais bien pour empêcher les réfugiés de remonter ves les USA tout proches (245 km jusqu’à Guantanamo et plus de 1000 km jusqu’à Miami).

De leur côté les 8 pays de l’ALBA (Antigua-et-Barbade, Bolivie, Cuba, Dominique, Équateur, Nicaragua, Saint-Vincent-et-les Grenadines et Venezuela, le Honduras sous dictature ayant quitté l’organisation) n’avaient pas prévus d’exercices de secours mais dépêchent effectivement des aides médicales et viennent de décider d’un programme complet d’assistance.

Ci-dessous sont relayés trois articles expliquant tout cela.

Les 8 décisions du sommet de l’ALBA pour Haïti

Caracas - lundi 25 janvier 2010. La réunion des chanceliers des pays membres de l’ALBA a abouti à huit décisions de coopération concrète avec le peuple haïtien, avec pour axe central la santé.

L’efficacité de cette coopération reposera sur une action à court, moyen et long terme, supervisée par une commission nommée à cette fin.
Le plan a pour premier point le secteur de la santé, divisé en trois phases fondamentales.

a) l’urgence, pour soigner les traumatismes et les pathologies directement produites par le tremblement de terre ;

b) l’épidémiologie, pour traiter les conséquences dérivées de l’insalubrité, avec des services de base ;

c) la réhabilitation.

20 millions de dollars ont été engagés pour commencer ce travail.

Second point, un appui financier à travers le Fond Humanitaire de l’ALBA pour Haïti, doté par les États membres dans le but de rassembler des Fonds des organisations politiques apportés de manière volontaire. Cela se développera via les collectes d’entreprises comme Pétroles du Venezuela (Pdvsa) et de l’entreprise CITGO. Pour cela le président Chávez a suggéré une première dotation de 100 millions de dollars.

Troisième point, la continuation de l’appui énergétique à travers Petrocaribe. Le président vénézuélien a souligné l’annulation de la dette de Haïti envers Petrocaribe. Il a également anoncé la création d’un plan spécial pour l’approvisionnement direct en combustible à travers les stations-service dans les endroits stratégiques.

Elles seront orientées sous la forme d’aides gratuites pour les véhicules utilisés par les véhicules des centres d’assistance humanitaire, hôpitaux et personnel de soutien, ainsi que l’aide directe à la population pour la génération d’électricité.

Quatrième point : des initiatives agricoles seront développées pour la fourniture d’aliments et des plans de production seront réactivés tels qu’ils s’effectuaient auparavant dans le cadre de l’initiative ALBA-Aliments. Débutera une campagne de reforestation, pour laquelle seront construits de petites réserves d’eau, des citernes de captation, des puits artésiens avec des camions-perforeurs, des dons de semence et d’outils agricoles tels que des machettes seront effectués, ainsi que des micro-tracteurs, des pelles pour la construction, dans le but de construire une école de formation en agro-écologie, initiative de la Brigade de la Vía Campesina du Brésil, présente en Haïti.

L’éducation constitue le cinquième point : il s’agit de former les jeunes haïtiens à des carrières techniques de cycle court. Un plan prioritaire sera développé pour la réhabilitation et les fournitures scolaires, la formation de maîtres et la réception prioritaire d’enfants dont les parents migreraient vers des pays de l’ALBA dans des écoles de systèmes publics nationaux.

Sixième point, le chef de l’État vénézuélien a souligné l’importance d’intensifier les plans de l’ALBA en décrétant l’amnistie migratoire aux fins de faciliter le mouvement dans les deux sens :

a) Réception des familles dans les pays de l’ALBA.

b) Création d’une brigade solidaire de coopération qui apportera une aide à travers les réseaux de haïtiens qui résident au Venezuela, et qui compte environ 15000 personnes.

Point sept, une étude détaillée sera faite avec des recommandations pour concentrer l’effort et refonder le développement humanitaire en Haïti. A cette fin seront créés trois campements avec une capacité de loger jusqu’à 8 000 victimes à Port-au-Prince, Jacmel et Leogane, avec la logistique de l’entreprise pétrolière CITGO aux États-Unis (filiale de Pdvsa) pour acquérir les outils, les matériels spécialisés nécessaires à remettre en état les ports haïtiens. En ce sens CITGO a acheminé sur les lieux de la catastrophe 2 mille 500 transmetteurs de radio et des milliers de tentes de campagne.

Le huitième point concerne la coopération en matière de sécurité, de transport et de logistique pour réunir les efforts et appuyer le peuple de manière efficace sur le plan humanitaire.

Les représentants de l’ALBA ont souligné l’importance de ce que "les efforts pour reconstruire Haïti devront veiller à ce que le peuple et le gouvernement de ce pays en soient les principaux protagonistes. Ils ont insisté sur le principe de souveraineté et d’intégrité territoriale".

Ils ont manifesté leur préoccupation au sujet de “la présence excessive de forces militaires étrangères en Haïti, sans motifs qui le justifient et sans clarté sur leur autorité, leurs objectifs, leurs compétences et la durée de leur séjour”.

Les pays de l’ALBA rappellent que “l’instance la plus indiquée est le G-192, constitué par l’Organisation des Nations Unies (ONU), afin de garantir que nul ne profite de la terrible situation que vit Haïti pour entamer une nouvelle occupation qui viole la souveraineté de ce pays et pour que nulle entrave ou restriction d’aucune sorte ne soient mises aux pays qui souhaitent coopérer”.

(FIN/ Rodicely Cárdenas Barillas) [u]

Washington ferme la porte aux réfugiés haïtiens

L’administration Obama a pris des mesures extraordinaires pour empêcher les Haïtiens désespérés d’entrer aux Etats-Unis depuis que le tremblement de terre du 12 janvier a dévasté la nation caribéenne, tuant environ 200.000 personnes, faisant au moins 1,5 million de sans-abris et faisant 1 million d’enfants orphelins. L’effort pour empêcher les Haïtiens d’entrer au pays — incluant les blessés qui recherchent un traitement médical — illustre que la priorité de l’intervention menée par les Etats-Unis n’est pas de sauver es vies, mais d’établir un contrôle militaire sur la population.

Cinq navires de la garde côtière américaine ont rejoint des navires de la marine américaine déployés sur les côtes haïtiennes — pas pour livrer de la nourriture, de l’eau ou des médicaments aux malades et aux mourants, mais pour arrêter les Haïtiens qui pourraient tenter de s’échapper. Le commandant de la garde côtière, Chris O’Neil, a dit au New York Times que tous ceux qui tentent de fuir Haïti seraient capturés et retournés, mais que, jusqu’à maintenant, son unité n’a pas été témoin d’une tentative. « Rien, zéro, a dit O’Neil, et pas d’indice qui nous montre que quelqu’un est en train de faire des préparations pour faire une telle tentative. »

Les responsables américains ont dit qu’il y a peu de preuve que les Haïtiens quittent les Etats-Unis, mais « ils s’inquiètent que dans les prochaines semaines, les conditions de vie qui iront en se dégradant en Haïti pourraient encourager un exode. » Le fait que les responsables américains planifient des « conditions qui iront en se dégradant » en Haïti lors des « prochaines semaines » — au-delà de la situation désespérée qui règne là-bas maintenant — est une admission flagrante que Washington n’a pas l’intention de rendre les secours disponibles au plus grand nombre, encore moins de rebâtir Haïti.

L’administration Obama fait aussi des plans pour incarcérer les Haïtiens qui pourraient risquer le dangereux voyage en mer jusqu’aux Etats-Unis, qui, à chaque année, coûte la vie de centaines de personnes. Des responsables ont dit au Times qu’ils « ébauchent des plans pour ramasser tout bateau qui transporte des immigrants illégaux et les envoyer à Guantanamo Bay » — la base militaire américaine à Cuba qui est célèbre pour ses abus de « terroristes suspectés ». Le département de la sécurité intérieure a annoncé qu’il allait vider des espaces dans sa prison de déportés du sud de la Floride, le Krome Service Processing Center, au cas où un flot d’Haïtiens arriverait.

Le porte-parole du département d’Etat américain, Noel Clay, a annoncé que les Etats-Unis n’assoupliraient pas leurs conditions pour l’obtention d’un visa pour les Haïtiens. La politique stricte de visa s’étend aux 1 million d’orphelins qui sont estimés provenir du tremblement de terre — 10 pour cent de la population haïtienne. Le secrétaire du département de la sécurité intérieure, Janet Napolitano, a dit lundi que les Etats-Unis prendront une poignée d’orphelins sur « parole d’honneur humanitaire ». La politique s’applique à ceux qui avaient des papiers d’orphelins avant le tremblement de terre et qui devaient déjà être adoptés par des familles américaines. Lundi, environ 50 enfants haïtiens qui dont toutes les formalités pour leur adoption aux Etats-Unis avaient été remplies sont arrivés à Pittsburgh, à l’Hôpital pour enfant de la Pennsylvanie, après que leur orphelinat se soit effondré dans le tremblement de terre.

Le département d’État a même refusé d’octroyer des visas à des Haïtiens malades ou mourants pour qu’ils puissent être traités dans un hôpital d’urgence adjacent à l’aéroport de Miami. Le Dr William O’Neill, le doyen de la faculté de médecine de l’Université de Miami qui a créé l’hôpital, a affirmé que cette politique était « plus qu’absurde ». Le département d’Etat est dirigé par Hillary Clinton, qui, avec son mari l’ancien président américain Bill Clinton, prend la posture d’un ami des survivants au tremblement de terre en Haïti.

Les mesures prises pour empêcher les Haïtiens de chercher refuge aux Etats-Unis sont presque sadiques. Alors que les Etats-Unis ont refusé de donner la permission d’atterrir à Port-au-Prince à de nombreux avions d’aide, tous les jours, un avion-cargo de l’armée de l’air américaine survole pendant des heures les zones sinistrées pour émettre le message suivant en créole : « Écoutez, ne tentez pas de quitter le pays par bateau. Si vous tentez de faire cela, vous ne ferez qu’empirer vos problèmes. Parce que, pour être honnête avec vous, si vous pensez que vous pourrez atteindre les Etats-Unis et que les portes vous seront ouvertes, ce ne sera pas le cas. Et vous serez intercepté sur la mer et retourner là d’où vous êtes partis. »

Le Miami Herald a rapporté mardi que les Etats-Unis avaient interdit tous les vols commerciaux en provenance d’Haïti non pas à cause des dommages à l’aéroport, mais parce qu’on ne pouvait pas déterminé si les passagers potentiels se trouvaient sur une liste d’interdiction de vol ou les faire passer par des détecteurs de métal. Spirit Airlines et American Airlines ont des vols cargos et amènent des travailleurs de l’aide humanitaire à Port-au-Prince depuis le lendemain du tremblement de terre, mais leurs avions reviennent toujours avec des « centaines de sièges vides ». Une des rares exceptions à cet état de fait, lundi dernier quelques douzaines d’étudiants américains et le journaliste américain de Fox Geraldo Rivera ont obtenu l’autorisation de prendre l’avion du secrétariat d’Etat et sont revenus aux Etats-Unis sur un vol de Spirit.

Spirit et American ont dit qu’ils recevaient beaucoup de demandes pour des vols hors de Haïti et qu’ils perdaient de l’argent. « Les gens nous appellent continuellement » pour des vols hors de Haïti a dit la porte-parole de Spirit, Misty Pinson, au quotidien The Herald. « Nous sommes submergés. »

Le département d’Etat a exempté les vols nolisés privés provenant de Haïti des exigences « anti-terroristes ». Ces compagnies peuvent prendre des passagers qui louent des avions pour autant que 4000 $ l’heure ou qui peuvent payer 1000 $ pour un aller vers la Floride.

L’indifférence complète et la cruauté de l’embargo américain contre les Haïtiens venant aux Etats-Unis furent mises en relief par un reportage en direct diffusé mardi lors des nouvelles de la radio de CBS décrivant les milliers de résidents de Port-au-Prince remplissant les plages dans un effort désespéré pour embarquer dans des bateaux déjà surpeuplés.

Les efforts des Etats-Unis pour garder les réfugiés haïtiens hors du pays font contraste avec leurs efforts, menées par Bill Clinton, pour promouvoir le transfert des ateliers de misère de vêtements en Haïti. La pauvreté extrême en Haïti est le résultat de décennies de domination du capitalisme américain.

Les travailleurs américains doivent rejeter cette dernière tentative de victimisation des Haïtiens et demander qu’ils leur soient permis de s’installer aux Etats-Unis avec tous les droits.

Pendant ce temps, l’opération de secours — le soi-disant objectif de la présence militaire américaine — s’est avérée être une telle débâcle que même les médias ont été forcés d’admettre l’échec évident à livrer de la nourriture, de l’eau et des médicaments au peuple haïtien.

Très rapidement après le tremblement de terre, l’armée américaine a pris l’aéroport de Port-au-Prince et a pris le contrôle du port de la capitale de la ville, qui est largement détruit. Des flottilles navales et de la garde côtière ont été rapidement déployées dans les eaux d’Haïti. Des milliers de soldats ont été déployés.

Mais, non seulement l’armée américaine n’a pas fourni une aide significative aux Haïtiens lors de la dernière semaine, pendant laquelle des dizaines de milliers d’individus sont morts sous les immeubles effondrés ou par l’absence de nourriture, d’eau et de médicaments de base. Elle a, en fait, joué un rôle contre-productif, ordonnant à des douzaines de vols contenant de l’aide de rebrousser chemin. Ces vols provenaient des organisations de secours aux sinistrés et d’autres pays.

L’armée américaine a prétendu que les détournements d’avion sont le résultat de congestion à l’aéroport. Mais, 40 pour cent de tous les atterrissages ont été militaire — un de ces atterrissages étant l’avion Air Force Cargo qui a fait des vols en cercle à chaque jour au-dessus du pays afin d’avertir les Haïtiens de ne pas aller aux Etats-Unis.

La décision d’ordonner à des vols transportant des docteurs, des infirmières et des vivres de rebrousser chemin a sans doute eu comme conséquence des milliers de morts. Médecins sans frontières a dit que, pendant la fin de semaine, cinq de ses vols n’ont pas eu la permission d’atterrir à Haïti, mais furent plutôt détournés vers la République dominicaine. Benoit Leduc, le chef des opérations de l’organisation, a dit que les délais encourus ont coûté des « centaines de vies ». La Croix-Rouge a aussi dit que ses avions n’avaient pu atterrir pendant la fin de semaine.

Dans un communiqué de presse mardi, Médecins sans frontière a dit que ses avions sont encore en train d’être retournés. Un avion-cargo transportant 12 tonnes d’équipements, de médicaments et d’équipements chirurgicaux a été retardé trois fois dans la nuit de dimanche, selon le communiqué.

Les centaines de vols militaires qui ont atterri n’ont fourni que peu d’aide. S’il y avait des preuves que les soldats américains fournissent de l’aide, c’est certain que les médias américains la télédiffuseraient de manière incessante. Des soldats ont dit qu’ils n’avaient toujours pas quitté leurs navires de guerre et leur base à l’aéroport. Ils « n’ont, pour la majeure partie, pas été une présence significative dans les rues, » comme le New York Times l’a dit de manière charitable.

Il y a eu une exception mardi matin, lorsque les médias ont diffusé des images d’hélicoptères de l’armée américaine atterrissant devant le palais national effondré, où des dizaines de milliers d’Haïtiens ont attendu pendant près d’une semaine en ne recevant pratiquement aucune aide. Les soldats ont distribué du matériel de secours, mais ils ont aussi semblé construire un centre de commande, situé symboliquement au même endroit que le siège du gouvernement haïtien.

L’ambassade américaine en Haïti prétend qu’elle n’a pas été en mesure de livrer le matériel nécessaire « pour des raisons de sécurité ». Il est donc sous-entendu que les vies des travailleurs humanitaires sont mises en danger par des Haïtiens « pilleurs ». En fait, il n’y a pas eu un seul cas rapporté de travailleurs humanitaires attaqués par des Haïtiens. Comme le Wall Street Journal de mardi l’a noté, « Les responsables américains ont pointé du doigt les questions de sécurité pour le retard dans l’approvisionnement en aide. Mais, une équipe de docteurs cubains a été vue lundi en train de traiter des centaines de patients sans qu’il n’y ait de fusil ou de soldat visible. »

Même si de tels dangers existent, cela ne ferait que soulever la question de ce que l’armée américaine fait en Haïti si ses milliers de soldats ne sont pas en train d’amener l’aide humanitaire à la population ou de protéger ceux qui le font.

Étant donné les preuves de plus en plus grandes qu’elle entrave les opérations de sauvetage, l’armée américaine fut contrainte mardi de nier la nature évidente de sa mission en Haïti. « Il y a eu des reportages dans les actualités selon lesquels les Etats-Unis envahissent Haïti », a dit le colonel Kane de l’armée américaine. « Nous n’envahissons pas Haïti. C’est ridicule. Il s’agit d’aide humanitaire. »

Le colonel Kane a déclaré aux journalistes à l’aéroport de Port-au-Prince « qui en est venu à ressembler à une base militaire américaine, où des hélicoptères décollent et atterissent sans cesse », selon le New York Times. Ce qui reste du gouvernement haïtien doit se réunir dans un poste de police adjacent à l’aéroport.

La présence militaire internationale à Haïti, sous direction des Etats-Unis, continue à gagner en importance. Les soldats américains et internationaux ont maintenant l’autorité de réprimer la population en vertu d’un décret du gouvernement haïtien promulgué hier à la demande de la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton.

On s’attend à ce que les forces américaines en Haïti même et au large du pays atteignent 11.000 personnes au cours des prochains jours. Le Pentagone a dit que le 22e corps expéditionnaire de la marine arrivera bientôt à l’ouest de Port-au-Prince.

Les soldats canadiens, au nombre d’environ 2000, seront déployés dans les villes dévastées de Léogâne et de Jacmel, près de l’épicentre du tremblement de terre au sud-ouest de Port-au-Prince. Le Canada a envoyé deux navires de guerre auxquels se joindront bientôt des navires de l’Italie, de l’Espagne et du Venezuela.

Le Conseil de sécurité des Nations unies qui s’est réuni mardi dernier à New York a approuvé l’envoi de 3500 soldats et agents de police supplémentaires en Haïti. Avec ces nouvelles troupes, l’ONU aura 10.500 dans ce pays.

Alors que plus de soldats sont dépêchés sur les lieux, les efforts internationaux d’aide sont loin d’être suffisants pour satisfaire aux besoins de nourriture, d’eau et de soins. Ces efforts jusqu’à présent ont résulté en ce que seulement « une petite fraction de l’aide promise a pu se rendre aux centaines de milliers de Haïtiens qui en ont désespérément besoin » selon une évaluation qu’a faite le Guardian de l’aide distribuée mardi dernier.

La recherche pour des survivants dans les décombres des immeubles qui se sont écroulés n’a sauvé que 90 personnes à ce jour selon les chiffres de l’ONU. L’espoir diminue, mais deux femmes ont été extirpées des décombres d’un immeuble de l’université mardi dernier et les équipes de sauvetage ont pu détecter des battements cardiaques au moyen d’équipements sophistiqués sous les décombres d’une banque.

Malgré le fait que des experts affirment que des victimes sont toujours en vie sous les ruines des villes d’Haïti, l’armée américaine a dit qu’il était de mettre un terme aux opérations de recherche et de sauvetage. « Nous nous attendons à passer très bientôt de la phase de recherche à une phase de reconstruction », a dit le général de la marine Daniel Allyn, l’adjoint au commandant des forces américaines en Haïti.

Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), une agence de l’ONU basée à Rome, seulement 250.000 rations alimentaires quotidiennes auraient été distribuées à ce jour, la moitié de ce nombre par l’armée américaine. Le PAM a réussi a distribué environ 50.000 rations lundi passé, environ la moitié du nombre prévu. Les Etats-Unis ont commencé mardi à parachuter de la nourriture et de l’eau. La première semaine de la crise, le Pentagone a refusé de considérer cette méthode de distribution en disant que cela finirait en émeutes.

Des journalistes ont rapporté des scènes d’horreur et de peur à Port-au-Prince. Des dizaines de milliers de Haïtiens quittent la capitale pour la campagne, soit à pied, soit en s’entassant dans des autobus et des bateaux. Des camions servant habituellement à la collecte des ordures viennent déposés des centaines de corps dans des fosses communes.

A cause du manque d’antibiotiques et d’autres médicaments, beaucoup d’amputations sont réalisées d’une façon sommaire, souvent sans morphine ou autre antidouleur, dont on manque partout. Des docteurs et des infirmières au comble du désespoir continuent à demander des anesthésiants, des scalpels et des scies pour amputer les membres écrasés, selon Associated Press. Un représentant de Médecins sans frontières a dit que les chirurgiens de son hôpital de première ligne à Cité Soleil ont été forcés d’acheter une scie au marché local pour pouvoir réaliser des amputations après qu’un autre de ses avions s’est vu refuser la permission par l’armée américaine d’atterrir à Port-au-Prince.

« C’était l’amputation ou la mort », a dit à NBC le Dr Nancy Snyderman, travaillant pour l’aide humanitaire. « Il y a beaucoup d’infections secondaires. C’est la principale cause de mort actuellement. »

« Dans un pays où il est si difficile de survivre en temps normal, cela devient presque impossible pour un amputé. Cela soulève immédiatement la question de ce qui viendra ensuite », a déclaré Snyderman. « On ne trouve pas de prothèses dans ce pays qui sera bientôt un pays d’orphelins et d’amputés. »

« J’ai vu des bébés dont le crâne était fendu comme un melon d’eau », a-t-elle continué. « Les médecins ne pouvaient rien faire que de leur bander la tête, les couvrir et les laisser mourir. »

L’indifférence de Washington devant ces horreurs est palpable. Après avoir vu des chirurgiens stérilisés leur équipement avec de la vodka, Bill Clinton, en tête des opérations de sauvetage, a déclaré « C’est incroyable ce que les Haïtiens peuvent accomplir. »

Avant la visite de Clinton, l’hôpital a été mis sous la protection de 100 parachutistes américains, a rapporté l’Agence France-Presse. Les parachutistes refoulaient les foules désespérées de Haïtiens aux portes de l’hôpital.

(Article original anglais paru le 20 janvier 2010) [1]

Un scénario de secours aux sinistrés d’Haïti était prévu par les militaires étasuniens un jour avant le tremblement de terre

Un scénario de secours aux sinistrés avait été envisagé pour Haïti au quartier général de l’US Southern Command (SOUTHCOM), basé à Miami, un jour avant le tremblement de terre.

Les simulations de préparation à un désastre étaient celles d’un ouragan frappant Haïti. Elles se sont tenues le 11 janvier (Bob Brewin, Defense launches online system to coordinate Haïti relief efforts (15/1/10) — GovExec.com, le texte complet de l’article se trouve dans l’Annexe).

L’Agence des systèmes d’information de la Défense (DISA, Defense Information Systems Agency), sous la juridiction du Département de la Défense (Department of Defense, DoD), a mis au point ces scénarios pour le compte de SOUTHCOM.

Connue comme une « Agence d’Appui Tactique », la DISA est mandatée pour mettre à la disposition de l’armée états-unienne des systèmes informatiques, de télécommunication et des services logistiques. (Voir le site de la DISA : Defense Information Systems Agency).

La veille du tremblement de terre, lundi [11 janvier 2010], Jean Demay, directeur technique de la DISA pour le Projet de Coopération et de Partage d’Informations Transnationales de l’agence, se trouvait au quartier général de l’US Southern Command à Miami, afin de tester le système avec un scénario comportant un plan de sauvetage d’Haïti, après le passage d’un ouragan. (Bob Brewin, op cit, soulignement ajouté par l’auteur).

Le Projet de Coopération et de Partage d’Informations Transnational (Transnational Information Sharing Cooperation Project, en anglais, TISC), est un outil d’information-communication qui « relie des organisations non gouvernementales et les Etats-Unis [le gouvernement et l’armée] et d’autres pays, pour acheminer, coordonner et organiser des opérations de secours ». (Government IT scrambles To Help Haïti [Les technologies de l’information du gouvernement se précipitent au chevet d’Haïti], TECHWEB 15 janvier 2010).

Le TISC est un composant essentiel de la militarisation des secours d’urgence. Au travers de la DISA, l’armée étatsunienne surveille le système de communication et d’information des organisations humanitaires impliquées dans les secours. Il s’agit essentiellement d’un système de partage des communications contrôlé par les militaires US, qui est mis à la disposition des partenaires approuvés parmi les organisations non gouvernementales. Par ailleurs, la DISA “fournit la largeur de bande passante nécessaire pour aider les organisations impliquées dans le sauvetage d’Haïti. »

Il n’y a aucun détail sur la nature des tests réalisés au QG du SOUTHCOM le 11 janvier.

Jean Demay, de la DISA, devait coordonner les tests. Il n’y a aucun rapport sur les participants impliqués dans les scénarios de secours aux sinistrés.

Tout le monde s’attendrait, étant donné le mandat de la DISA, à ce que les tests aient concerné des simulations sur les communications, la logistique et les systèmes d’information dans le cadre d’un programme d’aide urgente et massive à Haïti.

Le concept le plus important sur lequel s’appuie le Projet de Coopération et de Partage d’Informations Transnational (TISC) de la DISA est de « réussir à coordonner les actions des forces militaires, des partenaires de coalition et des ONGs » (Defense Daily, 19 Décembre 2008).

Durant le déroulement des tests et des simulations de secours, le 11 janvier, le TISC s’était révélé, en rapport avec le désastre envisagé sur Haïti, « en parfait état de fonctionnement ». Le 13 janvier, le lendemain du tremblement de terre, le SOUTHCOM prit la décision d’utiliser son système TISC, qui avait été testé à Miami deux jours plus tôt :

« Après le tremblement de terre ce mardi [12 janvier 2010], Demay a déclaré que le SOUTHCOM avait décidé de se déplacer là-bas, avec le système. Mercredi [le lendemain][13 janvier 2010], la DISA rendit opérationnel son réseau d’accès pour tous ses partenaires [ All Partners Access Network - APAN], reposant sur le Projet de Coopération et de Partage d’Informations Transnational (TISC), disponible pour toutes les organisation impliquées dans le sauvetage d’Haïti.

Le projet de partage d’informations, développé avec l’appui du SOUTHCOM et du Centre de Commandement Européen du Département de la Défense (Defense Department’s European Command), existe depuis trois ans. Son but est de faciliter une collaboration multilatérale entre les agences fédérales et non gouvernementales.

Demay a déclaré que, depuis que la DISA avait fourni à l’Aide Humanitaire et à la Communauté des Secours aux Sinistrés pour Haïti l’accès à l’APAN ce mercredi [le lendemain du tremblement de terre], près de 500 organisations et particuliers les avaient rejoint, incluant des unités de Défense et diverses organisations non gouvernementales (ONG) et groupes de secours. (Bob Brewin, Defense launches online system to coordinate Haïti relief efforts [la Défense lance en direct un système pour coordonner les efforts de sauvetage d’Haïti] (15/1/2010) – GovExec.com soulignement par l’auteur)

La DISA a un bureau régional du SOUTHCOM à Miami.

En rapport avec le Programme de Secours d’Urgence pour Haïti, mis en route le 12 janvier, le mandat de la DISA comporte en partie une opération militaire soigneusement planifiée :

« La DISA fournit à l’US Southern Command (SOUTHCOM) des capacités d’information qui permettront à notre nation d’être rapidement à la hauteur de la situation critique en Haïti, » a déclaré Larry K. Huffman, le directeur principal, à la DISA, pour les opérations d’information globale sur le terrain. « Notre expérience dans le déploiement de supports aux opérations en cours autour du monde nous permet de répondre au mieux aux besoins de l’US SOUTHCOM. »

La DISA, une Agence d’Appui Tactique, élabore et [sic] fournit des capacités de commandement, de contrôle, de création d’infrastructures pour rester opérationnel et assurer un service global et de support direct, basé sur le net, pour relier les forces militaires, les chefs d’état, et tout autre partenaire de mission ou de coalition à travers l’ensemble des opérations. En tant que leader des communications, rattaché au Département de la Défense, la DISA utilise le système de communications satellite de la défense (Defense Satellite Communications System) pour mettre à disposition de toutes les organisations de sauvetage d’Haïti toutes les fréquences et largeurs de bande nécessaires.

Cela inclut des missions de supra hautes fréquences qui fournissent une largeur de bande pour les bateaux de la US Navy et pour une unité de la Marine Expéditionnaire, qui doit arriver bientôt sur les lieux pour renforcer la sécurité, amener de l’aide médicale et des hélicoptères, entre autres supports.

Cela inclut également la mise de toutes les communications satellites à disposition de l’US Air Force engagée dans le contrôle du trafic aérien et des opérations de transport à l’aéroport saturé de Port-au-Prince. La DISA fournit également des canaux d’ultra haute fréquence (UHF) militaires et s’engage dans des missions SATCOM additionnelles, commerciales, qui améliorent encore leur capacité à faciliter les efforts de sauvetage. (DISA –Press Release, Janvier 2010, non daté, soulignement par l’auteur).

Tout de suite après le tremblement de terre, la DISA a joué un rôle clé dans le support du SOUTHCOM, qui fut désigné de facto par l’administration Obama comme « l’agence principale » dans le programme de secours états-unien à Haïti. Le système sous-jacent consiste à intégrer les agences de secours civiles à l’intérieur d’un système avancé de communications et d’information contrôlé par l’armée états-unienne.

« La DISA est en train de développer une nouvelle technologie à Haïti, qui relie déjà des organisations non gouvernementales (ONG), d’autres nations et les forces états-uniennes, unies pour acheminer, coordonner et mieux organiser les efforts des secours » (Ibid)

Article original en anglais, A Haiti Disaster Relief Scenario Was Envisaged by the US Military One Day Before the Earthquake, publié le 25 janvier 2010.

Traduction : Pascal Sacré pour Mondialisation.ca.

Article relié :

La militarisation de l’aide d’urgence à Haïti : opération militaire ou invasion ? – par Michel Chossudovsky, le 21 janvier 2010.

Annexe

La Défense lance en direct un système de coordination des efforts de sauvetage à Haïti
Par Bob Brewin, Govexec.com 15/01/2010
http://www.govexec.com/story_page.cfm?articlaid=44407&dcn=e_gvetwww

Comme des centaines de représentants d’agences gouvernementales et non gouvernementales du monde entier se sont précipitées au secours d’Haïti dévastée par un tremblement de terre, la Defense Information Systems Agency (DISA) a initié un portail web avec de multiples outils de travail en réseau pour aider à coordonner leurs efforts.

Lundi [11 janvier 2010, la veille du tremblement de terre), Jean Demay, directeur technique de la DISA pour le Projet de Coopération et de Partage d’Informations Transnationales de l’agence, se trouvait au quartier général de l’US Southern Command à Miami, afin de tester le système avec un scénario comportant un plan de sauvetage d’Haïti, après le passage d’un ouragan. Après le tremblement de terre de ce mardi [12 janvier 2010], Demay a déclaré que le SOUTHCOM avait décidé de se déplacer là-bas, avec le système. Mercredi [13 janvier 2010], la DISA rendit opérationnel son réseau d’accès pour tous ses partenaires [All Partners Access Network - APAN], reposant sur le Project de Coopération et de Partage d’Informations Transnational (TISC), disponible pour toutes les organisations impliquées dans le sauvetage d’Haïti.

Le projet de partage d’informations, développé avec le support du SOUTHCOM et du Centre de Commandement Européen du Département de la Défense (Defense Department’s European Command), existe depuis trois ans. Son but est de faciliter une collaboration multilatérale entre les agences fédérales et non gouvernementales.

Demay a déclaré que, depuis que la DISA avait fourni à l’Aide Humanitaire et à la Communauté des Secours aux Sinistrés pour Haïti, l’accès à l’APAN ce mercredi [le lendemain du tremblement de terre], près de 500 organisations et particuliers les avaient rejoint, incluant des unités de Défense et diverses organisations non gouvernementales et groupes de secours.

L’APAN fournit une série d’outils de collaboration, incluant des systèmes d’information géographique, des pages Internet de type MySpace, YouTube, wikis, et des espaces de discussion (chatroom) multilingues.

En attendant, d’autres organisations abordent des défis technologiques différents. Gianluca Bruni, la responsable des technologies d’information pour la préparation et la réponse aux situations d’urgence pour le Programme Alimentaire Mondial (PAM), basé à Dubaï, met au point les réseaux et les systèmes pour aider les Nations Unies et les organisations non gouvernementales à Haïti. Le PAM a déjà envoyé deux trousses de communications à Haïti, avec systèmes de satellites qui opèrent à 1 megabyte par seconde et peuvent supporter jusqu’à 100 utilisateurs.

Il a également envoyé des ordinateurs, des bornes d’accès Wifi, des systèmes de liaison longue distance sans fils pour connecter les utilisateurs éloignés aux terminaux des satellites. Bruni a déclaré par la suite que le PAM planifiait d’installer des cybercafés à Haïti pour tous les secouristes du pays.

John Anderson, un porte-parole de la DISA, a déclaré que l’agence avait consacré 10 megabytes de la capacité satellite aux unités des Forces aériennes et navales impliquées dans l’opération de sauvetage d’Haïti.

Un grand nombre des agences de secours à Haïti apportent leurs propres systèmes radios sur l’archipel. La DISA a déployé une équipe triangulaire de son Joint Spectrum Management Element pour aider à la gestion de tout le spectre de radiofréquences.

L’Elément de Support des Communications (Joint Communications Support Element -JCSE) de l’United States Joint Forces Command (JFCOM), a déployé deux équipes munies de systèmes de communication satellite et téléphoniques VoIP pour appuyer le SOUTHCOM à Port-au-Prince mercredi dernier. Ces systèmes ont été opérationnels « en quelques heures », a déclaré le chef des opérations (JCSE Chief of Staff) Chris Wilson. L’agence enverra une autre équipe à Haïti dans quelques jours.

Wilson a déclaré que le JCSE pouvait se déployer si rapidement à Haïti parce que les systèmes avaient déjà été mis en route à Miami en préparation d’un exercice qui avait été annulé.

Tellement de gouvernements et d’agences du monde entier ont réagi à la crise en Haïti qu’ils ont dépassé les capacités de l’aéroport de Port-au-Prince pour accueillir les avions de sauvetage. La FAA, l’administration fédérale d’aviation, a dû maintenir au sol ses avions en partance pour Haïti pendant plus de deux jours.

La FAA a averti dans un bulletin de renseignements, vendredi, en raison de l’encombrement des pistes d’atterrissage de l’aéroport de Port-au-Prince, à l’exception des avions cargo internationaux, que « les Haïtiens n’acceptaient plus aucun avion dans leur espace aérien. »

Le bulletin d’information ajoutait que les vols réguliers, civils et militaires états-uniens, vers Haïti, devaient être les premiers à être enlevés par leur centre de commande. Les exceptions seront basées uniquement sur l’espace d’atterrissage. L’agence a également averti sans équivoque qu’ « il n’y avait pas assez de carburant disponible » à l’aéroport de Port-au-Prince.

Bob Brewin, Govexec.com, 2010 [2]


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