Honduras : Le pouvoir toujours aux mains des putschistes

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Le coup d’État qui a renversé président Manuel Zelaya a détérioré la situation sociale, politique et économique du pays

Le 28 juin 2009, le Honduras s’est éveillé au milieu d’un cauchemar. Le président Manuel Zelaya avait été victime d’un coup d’État et l’avait forcé à quitter le pays à l’aube. La crise, commencée avec ce putsch ,a profondément affecté la société hondurienne qui même aujourd’hui peine à se récupérer de cet événement tragique.

Pour Victor Meza, directeur du CEDOH (Centre de Documentation du Honduras) et ex-ministre de l’Intérieur durant le gouvernement de Zelaya, le putsch a attenté à l’état de droit. “Ce fut une barbarie commise par une bande de délinquant exécutée par des militaires mercenaires et des groupes patronaux ultra-conservateurs”, affirme-t-il.

Cette vision a été confirmée par le porte-parole de la Commission Vérité et Réconciliation, présidée par l’ex-vice-président du Guatemala Eduardo Stein. Cette instance a indiqué dans son rapport final que le Congrès National “n’avait pas d’attributions pour destituer le président de la République, ni pour nommer son remplaçant”. Dans ce sens, la nomination de Roberto Micheletti comme président intérimaire du Honduras “a été illégale et son gouvernement a été un gouvernement factieux”.

La rupture de l’ordre constitutionnel, l’isolement international consécutif, l’annulation des principales réformes portées par Zelaya, ainsi que la remilitarisation de la société et l’éclatement d’une crise politique, économique et sociale sans précédents, ont porté le pays au bord de l’effondrement.

Le processus électoral, en novembre 2009, qui malgré son discrédit a porté Porfirio Lobo à la présidence et la signature des Accords de Cartagena en mai 2011, qui ont permis le retour de l’ex-président Zelaya dans le pays, n’ont pas servi à normaliser la situation et à réinstaurer l’ordre constitutionnel.

Pour le membre de la Commission Politique du FNRP (le Front national de Résistance Populaire), Carlos H. Reyes, le coup d’État a non seulement permis de poursuivre un objectif de développement du modèle néolibéral et de remettre le contrôle de l’État aux mains des groupes oligarchiques, mais il a essayé de freiner les réformes mises en places avec l’appui des forces sociales du pays.

“Tout cela a généré un grand recul qui s’est accentué avec l’approbation de lois qui sont venues piétiner les droits des ouvriers, des paysans et des secteurs populaires en général. Ils ont profité de la conjoncture pour continuer à mettre en concessions nos ressources naturelles, pour étendre les bénéfices des grandes entreprise multinationales et pour privatiser les services publics”, déclare Reyes dans un entretien à Opera Mundi.

Pour Eugenio Sosa, annaliste politique hondurien, “face à la population les institutions sont érodées et délégitimisées par leur incapacité à faire face aux grandes problématiques qui touchent le pays. Les résultats sont dramatiques et la majorité des gens vivent dans un sentiment croissant d’insécurité et de désespoir”.

En 2011, le Honduras a enregistré un taux annuel d’homicides de 86,5 pour 100 000 habitants, quatre fois plus que le taux d’homicides latino-américain et dix fois plus que le taux d’homicides mondial établi par l’OMS (l’Organisation Mondiale de la Santé).

Durant la gestion de Porfirio Lobo ont a pu enregistrer quasiment 20 victimes chaque jour c’est-à-dire presque 13 000 morts violentes depuis son accès au pouvoir. Les journalistes ont été l’une des corporations les plus affectées. Au total 29 journalistes ont été assassinés durant les trois dernières années, dont 24 durant le mandat de Lobo.

De plus, le conflit agraire qui affecte le nord du pays - plus particulièrement la région du Bas Aguán - compte un solde d’environ 50 paysans syndiqués assassinés après le putsch. Dans la même période ont été assassinés 68 membres de la communauté LGBT (Lesbien, Gay, Bisex et Transsexuel), 46 d’entre eux sous l’actuelle présidence. Jusqu’à présent aucun de ces délits n’a été résolu et l’impunité la plus totale règne dans le pays.

“Il y a des acteurs invisibles, comme la criminalité organisée et le narco-trafic, qui ont infiltré toutes les institutions et pouvoirs de l’État. Après le coup ils ont profité de la faiblesse institutionnelle pour mieux asseoir leur emprise, comme c’est dramatiquement le cas dans la police”, explique Eugenio Sosa.

Droits de l’homme

Conformément aux relevés du COFADEH (le Comité des Parents de Détenus et Disparus du Honduras) après le coup d’État plus de 12 000 violations des droits fondamentaux -de l’homme- ont été enregistrées, y compris 2 189 féminicides et l’assassinat de 7 315 jeunes.

De 2011 jusqu’à maintenant, l’organisation de droits de l’homme a rapporté 1 693 violations de droits, parmi lesquels ressortent 138 cas d’assassinats politiques ou perpétrations suspectes, 23 assassinats pour conflit de terre, 16 disparitions, 81 attentats, 334 menaces de mort, 108 cas de torture et de traitements cruels, 10 séquestrations et 818 détentions illégales.

“Le putschisme intronisé dans le pays continue et il jouit d’une impunité totale. L’État est paralysé et l’administration défaillante qui enterre les affaires, tandis que dans tout le pays s’accentue la criminalisation des mouvements sociaux, la militarisation du territoire et on approuve les lois qui attentent aux droits de l’homme”, indique Dina Meza, journaliste et activiste du COFADEH.

Selon elle, le Honduras vit une crise des droits de l’homme sans précédent. “Nous n’avons pas le moindre doute qu’il existe une stratégie pour répandre la terreur au sein de la population et pour utiliser l’assassinat politique comme dissuasion afin de freiner l’avance de la protestation sociale et la création d’alternatives politiques”, déclare Bercez.

Crise économique

Dans ce contexte, les répercussions économiques sont inévitables. Pour l’économiste et enseignant universitaire Wilfredo Girón Castillo, le putsch a complètement détérioré l’économie du Honduras. “Le pays ne produit rien, le gouvernement n’a pas réussi à récupérer son flux de trésorerie et l’unique secteur qui continue à croitre et à accumuler un capital spéculatif c’est la banque, mais cela creuse l’endettement de l’État. Au contraire, les secteurs qui génèrent des emplois, comme la construction et l’agriculture, agonisent”, déclare Girón à Opera Mundi.

Selon lui, l’oligarchie nationale continue de contrôler la finance et l’État continue de s’endetter. “L’endettement que le gouvernement factieux a favorisé en finançant le coup d’État avec les banques privées a non seulement mis l’État à genoux, mais il s’est intensifié durant ces trois dernières années”, indique-t-il.

Pour l’économiste la seule manière de sortir de cette crise est un changement de modèle économique et politique, et une ouverture vers les pays d’Amérique du Sud.

“Nous sommes dans une impasse sans vraiment de possibilités de sortie, l’État est en faillite et le secteur productif ne produit pas. Les premières conséquences nous les voyons déjà : une classe moyenne qui se dirige peu à peu vers l’appauvrissement”, dit Girón.

Expectatives

Malgré cette situation difficile, les forces sociales et populaires qui composent le FNRP ont fondé, en juin 2011, le parti Libre (Liberté et Refondation), bras politique de la résistance hondurienne. Le nouveau parti, qui a été déjà inscrit auprès des autorités électorales, organisera des élections internes en novembre 2012, pour choisir ses candidats pour les élections présidentielles de 2013.

“au Honduras il y a eu des avancées et des reculs. Nous sommes dans une phase de transition vers la restitution des garanties fondamentales du citoyens et pour une pleine reconstruction du tissu institutionnel qui a été violé et déchiré par le putsch. Nous avons réussi à diversifier le spectre politique de la société, en affaiblissant le système biparti, et il y a un réveil des consciences dans le sens que les changements sont possibles et nécessaires”, explique Victor Meza.

Pour Carlos H Reyes, la droite, conseillée par l’empire nord-américain, ne s’est pas rendu de compte que, dans son ardeur à revenir sur les réformes progressistes et les luttes politiques, “a créé les conditions pour le surgissement de foyers de résistance sur tout le continent latino-américain”. Dans ce sens, il croit qu’avoir un parti politique et participer à des élections ne sert à rien “si derrière il n’y a pas de forces sociales bien organisées qui appuient et défendent cet effort”.

Le 1er juillet prochain, dans la ville de Santa Barbara, à l’ouest du pays, le parti Libre lancera la candidature pour la Présidence de Xiomara Castro, épouse de l’ex-président Manuel Zelaya. “Les élections de 2013 vont marquer une nouvelle étape pour le Honduras et la candidature de Xiomara Castro génère beaucoup de perspectives, en se présentant comme une option réelle au bipartisme”, explique Eugenio Sosa.

Face à l’avancée de cette nouvelle option politique et sociale, le COFADEH point une possible recrudescence de la violence sélective. “À mesure que nous allons nous rapprocher des élections, la violence va augmenter. Nous avons déjà sept personnes assassinées qui avaient postulées pour la charge de candidat à la présidence pour le parti Libre”, prévient Dina Meza.

Giorgio Trucchi pour Opera Mundi (Brazil)

Source : Rebelion "El poder en Honduras sigue en manos de los golpistas"
Source originale : Opera Mundi "Após três anos, poder em Honduras segue nas mãos de golpistas"
Traduction : Primitivi
Crédit photo, logo de l’article : © Fotos Giorgio Trucchi - Rel-UITA


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