Dormir à Noailles depuis
Un film de TUIA CHERICI
44′ | Full HD | 2025 | France
Production : Primitivi et l’Arbre des yeux
Distribution : Primitivi
Un micromonde animé de poupées, marionnettes, liquides, verres, dessins, sculptures manipulés à la main nous entraîne délicatement dans l’exploration des rêves et du sommeil d’un quartier historique de Marseille rongé par un habitat indigne.
Noailles, qui se gentrifie aujourd’hui par l’évacuation de sa population la plus précaire, nous raconte ici ses nuits cauchemardesques, son imaginaire et ses insomnies, profondément affectés par le traumatisme des effondrements du 5 novembre 2018.
« Depuis » renvoie d’abord au 5 novembre 2018, jour de l’effondrement de deux immeubles, dans la rue d’Aubagne, « en état de péril grave et imminent », laissés à l’abandon. Huit personnes meurent sous les décombres et ce drame marque profondement la population et l’histoire socio-politique marseillaise..
Mais ce “depuis” désigne aussi le moment précis où, dans l’appartement insalubre de certain.es habitant.es, tout a basculé: quand le plafond soudain s’est écroulé sur leur tète, ou le sol a cèdé, quand les fissures dans la cage des escaliers sont devenues plus profondes…C’est depuis ce moment que les protagonistes de ce film ont perdu leur sommeil. Enfants incapables de dormir seuls dans leurs chambres, peur au moindre bruit, anti-dépresseurs, cauchemars récurrents, parfois la décision de quitter carrément le quartier…Le film est une exploration des effets durables du traumatisme sur le corps, dans l’imaginaire, dans la nuit, que peut causer un habitat indigne.
Structuré en sept chapitres, il entremêle une collecte de témoignages sonores d’habitant.es (récits d’insomnies, cauchemars, obsessions, colère, sentiment d’injustice et stratégies de résistance… ) et un travail d’animation polymorphe: image-par-image, sculpture et dessins animés, manipulation d’objets, grains, liquides, projection animée sur les corps…Une esthétique bricolée, construite brique par brique à l’image de Noailles: inventive, multiforme, multicolore .
Ces voix aux différents accents documentent le traumatisme causé par ce désastre, contribuent à la légitimation d’un deuil collectif et d’une souffrance qui peinent encore à se faire reconnaître, elles donnent corps à la plainte et aux revendications, et révèlent les liens d’interdépendance étroite entre le vécu social éveillé et l’ expérience nocturne endormie.
Dormir à Noailles depuis s’inscrit dans une plus vaste recherche anthropologique et artistique que l’autrice mène en collaboration avec Arianna Cecconi, anthropologue, depuis 2013, autour des rêves et du sommeil. Cette approche particulière fait émerger les enjeux du mal-logement, des discriminations sociales, des différences culturelles, et des métissages qui traversent la société marseillaise dans son sommeil.
Produit avec le soutien de :
Association Noailles Debout !, FMSH (Fondation Maison des Sciences de l’Homme), Collectif « La Farce » Repas solidaires, et les contributeurices de la campagne de soutien sur HelloAsso
Écrit par Tuia Cherici en collaboration avec l’ anthropologue Arianna Cecconi
Vidéo
Technique de réalisation : animation stop-motion, en volume, dessins, collages, animation en temps réelle d’objets, liquides, graines, sculptures, projection vidéo animée sur corps et objets
Moyens technologiques : 1 caméscope SONY AX-53, 1 ordinateur portable Mac (Monterey), logiciels : DaVinci Resolve version gratuite, Reaper (open source)
Audio :
entretiens réalisées par Tuia Cherici, Arianna Cecconi et Marlène Superbie en collaboration avec les associations Noailles Débout ! et L’Arbre des Yeux entre 2022 et 2024
et restaurées par Saverio Damiani
musique bruitage et prémixage réalisés par Tuia Cherici avec des morceaux d’improvisations au violoncelle de Hui-Chun Lin
mixage de Hugo Debrié et Studio Lemon (La Friche, Marseille)
aide et support technique : Sandra Ach, Anthony Fauroux, Saverio Damiani
assistance à la direction artistique : Arianna Cecconi, Marta Anatra, Jean de Pena, Nicolas Burlaud, Pilar Arcila, Tina Greco
et les habitant.es et collectifs concerné.es, qui ont participé activement aux projections intérmediaires avec leurs conseils et observations : au Musée d’Histoire de Marseille (decembre 2024) , à la Dar (octobre 2025), à la Casa Consolat (novembre 2025)

