Nous relayons cet important communiqué des camarades du C.H.O.3 et comme on aime les archives on reposte ce podcast produit par Primitivi au sujet du Jardin Levat
COMMUNIQUÉ DU C.H.O.3
À PROPOS DU SITE LEVAT, DE SON JARDIN ET DE SON BÂTIMENT
31 juillet 2026
« Tout ce qui est fait pour nous, sans nous, est fait contre nous. » Nelson Mandela
Le Collectif des Habitant·es Organisé·es du 3ème Arrondissement de Marseille (C.H.O.3) a pris part aux discussions sur l’avenir du site Levat. Nous rendons aujourd’hui public notre désaccord avec :
– la décision de la mairie de Marseille ;
– la volonté de l’association Juxtapoz de continuer à gérer le bâti ;
– et les propos sur le racisme « anti-blanc » tenus par sa directrice dans un article de Marsactu paru le 11 juillet 2026.
Le site Levat est le seul grand espace vert du quartier, dans une ville où les températures augmentent chaque été et où les îlots de fraîcheur sont devenus indispensables. Nous parlons d’un quartier qui manque aussi cruellement de lieux couverts pour se réunir, organiser des activités, tenir des réunions ou accueillir des événements. Les associations et collectifs qui font vivre la Belle de Mai cherchent toute l’année des locaux, des salles et des espaces disponibles.
Comme vous le savez peut-être, la mairie de Marseille, propriétaire du site Levat, doit statuer en janvier 2027 sur son avenir. Juxtapoz, qui assurait jusque-là la gestion du bâti, avait officiellement annoncé son départ à partir de cette date (Marsactu, 15 janvier 2025). Des usager·es du site, des habitant·es et des associations du quartier se sont alors réuni·e·s au sein de l’association L.E.V.A.T afin de proposer à la mairie d’élaborer ensemble un projet coconstruit. Après 18 mois de travail collectif et de réunions, L.E.V.A.T a proposé un projet ambitieux visant à :
– faire du site un lieu réellement ouvert à la Belle de Mai, au 3ème arrondissement et à ses besoins ;
– prendre au sérieux la réalité d’un quartier populaire ;
– proposer à la mairie d’être partenaire d’une dynamique collective et ancrée dans le territoire.
À PROPOS DE LA MAIRIE
Or, malgré tout le travail mené depuis plus d’un an, la mairie préfère ignorer cette initiative et va lancer un appel à projets via un appel à manifestation d’intérêt (AMI)
Nous sommes en désaccord avec cette décision pour plusieurs raisons :
1. Elle va à l’encontre de la position que nous défendons : reconnaître ce site comme un Commun de la ville et du quartier. Elle est également en contradiction avec la signature de la Convention de Faro par l’actuelle mairie de Marseille ;
2. En privilégiant une mise en concurrence, la mairie ignore le travail déjà accompli par les associations et les habitant·e·s du quartier sur ce site. Une drôle de manière de « remettre le citoyen au centre du jeu démocratique », comme le promettait le programme du Printemps Marseillais ;
3. Les tiers-lieux et coworking « d’artistes » accaparent des bâtiments dans tout le quartier. Reconduire en l’état la Cité d’artistes sans partager des espaces est un manque de considération pour les nombreuses structures du quartier qui galèrent à avoir des lieux ;
4. Elle retarde la mise en place d’un projet déjà mûri collectivement ;
5. Elle risque de transformer un lieu vivant, souple et adapté aux besoins locaux grâce à l’investissement des habitant·e·s en équipement plus fermé, plus contraint et moins accessible;
6. Elle traduit un manque de confiance envers les forces locales qui portent déjà au quotidien l’entraide et la solidarité.
En résumé, ce choix fait par la mairie va à l’encontre de l’intérêt général local. Il affaiblit la dynamique collective déjà engagée et ignore les besoins concrets du quartier de la Belle de Mai.
Malgré notre rejet de l’A.M.I qui privilégie des logiques commerciales, nous soutenons l’association L.E.V.A.T, à laquelle nous participons. Nous saluons le travail de terrain immense accompli par ses membres.
À PROPOS DE JUXTAPOZ
Quant à Juxtapoz, nous apprenons qu’ils·elles ont changé d’avis et souhaitent aussi répondre à cet A.M.I. Cette décision nous paraît difficile à accepter, après 18 mois de travail collectif pour construire une autre solution, plus ouverte, plus démocratique et plus utile au quartier que celle menée jusqu’ici par l’association Juxtapoz. D’autant plus que ses représentant·es ont refusé de participer à cet espace de co-construction.
Plus grave encore, dans un article de Marsactu publié le 11 juillet, Karine Terlizzi la directrice de Juxtapoz reprend des arguments réactionnaires sur le racisme anti-blanc (Voici le passage en question : « Quant aux critiques sur la mixité, elle les évacue. On ne va pas s’excuser d’être des blancs, se raidit-elle. On embauche sur des compétences, pas au faciès. Si on nous attaque sur ça, c’est du racisme. »). Le racisme anti-blanc n’existe pas, il sert surtout à inverser les rapports de domination et à nier les discriminations réelles.
Nous appelons les collectifs antiracistes, décoloniaux, queers et féministes à ne pas participer aux programmations de Juxtapoz, et à rejoindre la lutte pour un site ouvert et populaire.
Aux organisations qui ont déjà proposé des événements engagés avec Juxtapoz, sachez qu’il est possible que les injustices que vous combattez se retrouvent aussi ici, dans l’accès au couvent Levat pour les habitant·e·s.
Il est temps de parler ouvertement de privilèges : c’est bien là le cœur du problème.
Depuis son installation, cette structure, installée par l’ancienne municipalité Gaudin sans appel à projets et dans une perspective anti-squat, a toujours eu du mal à s’ouvrir au quartier et à ouvrir les portes aux habitant·e·s. L’association bénéficie pourtant d’un privilège rare : disposer d’espaces communaux dans un quartier populaire. Ce privilège devrait impliquer une responsabilité forte envers le territoire, ses habitant·e·s et leurs usages quotidiens.
Or, certains usages ont été privilégiés au détriment d’autres. Les activités festives et artistiques occupent une place importante, tandis que les habitant·e·s, pour qui le couvent Levat représente l’un des rares espaces verts du quartier, voient souvent leur accès limité par les événements de Juxtapoz.
Nous sommes nombreux et nombreuses à venir au jardin, pour nous reposer, nous ressourcer, admirer une nature préservée ou permettre aux enfants d’en profiter en sécurité. Mais à l’arrivée de l’été, ces usages sont régulièrement contraints par des événements de grande ampleur, qui surchargent le jardin, fragilisent sa biodiversité et perturbent le voisinage. Quand les portes du jardin se ferment, les habitant·e·s sortent et se retrouvent sur le bitume des places Cadenat ou Caffo.
Depuis 8 ans, les 15 associations jardinières se partagent un local de 7 m². Elles n’ont toujours pas accès à la cuisine collective. Ces conditions sont très difficiles et compliquent leurs activités. Malgré leurs demandes répétées auprès de l’association Juxtapoz pour avoir plus d’espace, elles ont toujours reçu un refus. Ce refus paraît difficile à justifier au regard de la taille du bâti communal, qui fait 2500 m².
Dans sa communication et ses rapports d’activités, l’association Juxtapoz récupère le travail réalisé par des associations locales pour donner une impression d’ouverture et de mixité. Mais dans les faits, elle a refusé à plusieurs reprises de faire évoluer son projet pour intégrer la dimension socio-culturelle portée par les acteurs du territoire. Elle n’a cessé de jouer l’opposition entre artistes et habitant·e·s qu’elle dénonce dans Marsactu. Elle n’a jamais voulu laisser pleinement et de façon autonome les salles et les espaces dont nous avons besoin.
Aux artistes qui craignent de quitter les lieux : Nous n’avons jamais demandé votre départ mais d’imaginer ensemble un vrai partage des espaces. Certain·e·s ont passé les réunions à défendre leur propre place plutôt que d’imaginer collectivement une répartition des espaces.
EN CONCLUSION
L’avenir du site Levat doit se décider avec le quartier, pas contre lui. Face à la mise en concurrence par une AMI et à une candidature qui prolonge une logique d’appropriation, nous défendons un lieu réellement collectif, accessible et partagé par toutes et tous.
