Colombie : l’État veut fermer le webzine Rebelión (audio inclus)

Au fur et à mesure l’État criminalise toute opposition
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Avant les élections législatives de mars et celles présidentielles de mai, le gouvernement Uribe s’enfonce de plus en plus dans la criminalisation à tout va, dernier volet en date : le Ministère Public colombien essaie d’accuser la revue internet Rebelión de terrorisme.

Santiago Alba, éditeur de rebelion.org, pense que cela fait partie d’une stratégie du gouvernement colombien afin de museler les médias et de générer un mouvement d’autocensure.

Santiago Alba, écrivain et éditeur de Rebelión - crédits : Radio del Sur

“En Colombie le Ministère Public considère que c’est un délit de lire une page d’Internet, dans le cas présent rebelion.org [1]. La question même de l’interrogatoire de Nicolás Castro tente de créer un précédent et de justifier la décision de criminaliser un média qu’ils qualifient comme enclin au terrorisme. Cela nous paraît d’une gravité énorme, pas tant parce que cela signifie la criminalisation d’un média, ce qui est assez habituel en Colombie, mais pour la barbarie juridique qui suppose de pouvoir inculper quelqu’un pour le fait d’être lecteur. Lire devient un délit”.

Ainsi l’a signalé Santiago Alba, écrivain et éditeur de rebelión.org, interviewé par le journaliste Ernesto J Navarro dans son émission "Brújula del Sur" (Boussole du Sud) de La Radio del Sur.

Alba met l’accent le fait que pour les journalistes qui composent Rebelión, ce fait révèle sans aucun doute l’aspect profond totalitaire et dictatorial du régime colombien.

Le site Rebelión existe depuis 14 ans et se caractérise par le fait ne pas fuir les sujets les plus épineux, comme le conflit colombien.

Une fois ils avaient été déjà signalés [2] comme amis présumés des "terroristes", en 1996. Le journal El Tiempo [3] les signalait comme amis des FARC ou de l’ELN, à son tour au niveau personnel presque toute la rédaction de Rebelión a reçu des menaces, certaines réellement graves, de la part de personnes que l’on peut relier au régime colombien.

De la même manière, la fermeture de la revue a Cambio, la procédure de jugement du journaliste Alfredo Molano, bien qu’il fut acquitté des charges pesant contre lui, et d’autres attaques contre la presse, sont une partie du CV d’oppresseur du gouvernement Uribe.

Santiago Alba pense que cela fait partie d’une stratégie du gouvernement colombien afin de museler les médias et de générer un mouvement d’autocensure.

“De plus, Uribe lui-même, dans des déclarations à des médias distincts, s’est référé plusieurs fois à ceux qui collaborent à des sites unternet et les a catalogués comme terroristes. Cela fait partie d’une stratégie de criminalisation contre toute forme d’opposition au gouvernement colombien. La criminalisation s’étend plus qu’à toute autre personne aux journalistes et médias d’opposition, aux syndicalistes colombiens et à n’importe qui s’oppose au régime d’Uribe”, déclare Alba.

Il a affirmé que les journalistes de Rebelión sont inquiets du fait des menaces du régime colombien, mais surtout il insiste sur le fait que cela n’est pas anodin, et Rebelión le dénonce de la même manière qu’il dénonce toutes les barbaries commisent par le gouvernement d’Uribe.

“Nous avons déjà consulté nos avocats pour prévenir tout type d’attaque ou d’offensive de la part du Ministère Public colombien”, fait-il remarquer.

Santiago Alba a insisté qu’il “attire l’attention sur le fait que pour l’Union Européenne et les États-Unis le gouvernement colombien est considéré comme l’unique démocratie existant actuellement en Amérique Latine. En réalité ce régime est systématiquement impliqué dans tout ce qui a à voir avec les violations systématiques des droits de l’homme”.

Source : Radio del Sur "Fiscalía colombiana intenta criminalizar revista digital Rebelión"
Traduction : Primitivi


[1Il est à noter que le site rebelion.org est hébergé en Allemagne et le nom de domaine situé à Madrid

[2En Colombie être "signalé", même sans preuves, s’avère très dangereux. Vu le nombre de signalé(e)s disparu(e)s ou assassiné(e)s, les personnes signalées ont tendance à s’éxiler afin de sauver leur peau.

[3El Tiempo, quotidien conservateur colombien proche du gouvernement Uribe.


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