Hommage à Nanterre à Abdennbi, tué en 1982

Un récit de l’agence IM’media
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Nous reproduisons ici le récit de Mogniss H.Abdallah de la commémoration de l’assassinat de Abdennbi Guémiah. Ainsi que deux films "d’époque" réalisés par l’agence IM’media à voir absolument sur les mouvements de révolte de la jeunesse immigrée des cités françaises dans les années 80.

"Nanterre, cité Gutenberg... mission accomplie" revient sur les suite de l’assassinat de Abdennbi Guémiah, où les habitants de la cité "de transit" continuèrent son combat et obtinrent le relogement pour tous.

Retours sur la journée du samedi 3 novembre 2012 à Nanterre en hommage à Abdennbi Guémiah

La journée du samedi 3 novembre 2012 a été riche en émotions, à Nanterre, pour rendre hommage à Abdennbi Guémiah, mortellement blessé par balle le 23 octobre 1982. Dès 11h le matin, par un temps pluvieux, 200 à 300 personnes se sont réunies, à l’appel des Amis du blog la Cité Blanche – Gutenberg, devant la plaque commémorative apposée à l’époque sur la grille du collège André Doucet. La maman d’Abdennbi est là, impressionnante de Dignité comme toujours. Des frères et soeurs d’Abdennbi aussi. Et des petits-enfants. Dans l’assistance, beaucoup d’anciens de la cité Gutenberg qui ne s’étaient pas revus depuis longtemps. On s’embrasse, et on peine à retenir ses larmes. Après une minute de silence et les allocutions, place au groupe musical Les Amis d’Abdennbi, reconstitué pour l’occasion, qui reprend sa poignante chanson, « Nanterre, ville bidon », et ses airs fredonnés aujourd’hui encore par nombre d’« anciens » : « Il était comme nous immigré, vivant dans une vieille cité construite de cloisons et de planches pour cacher des regards indiscrets/ On parlait de cité provisoire/ Maintenant c’est plus que dérisoire/ Elle a vu naître deux générations... / »

« Toits de tôles ondulées, terrains vagues accidentés/De carcasses de voitures qui servent à jouer aux enfants »... Des paroles pleines d’images que l’on retrouve toujours avec force émotion l’après-midi, à l’exposition-photos présentée Maison du Chemin de l’île par le Collectif des Amis d’Abdennbi. Les visiteurs se pressent pour voir ces images, les observent longuement et les commentent avec passion. Que de scènes touchantes où les « anciens » se remémorent leur jeunesse en pointant du doigt tel ou tel détail des images, où ils expliquent à leurs petits-enfants d’où ils viennent, comment ils ont vécu.
L’exposition est composée d’une centaine de photographies, de tracts, d’affiches ou de publications – parmi lesquelles G 125, le journal de l’association Gutenberg dont Abdennbi était co-fondateur et trésorier -, autant de documents gracieusement fournis pour l’occasion par la Société d’histoire de Nanterre, la BDIC, AIDDA ou l’agence IM’média, sans oublier les dons privés et le soutien matériel de la mairie. Elle retrace la mobilisation aux lendemains du drame, la vie quotidienne dans la cité, l’origine aussi de la notion d’habitat de « transit » pensé pour « civiliser » les habitants venant des bidonvilles, et met en perspective les acquis d’une lutte tenace qui a abouti à la condamnation du meurtrier à 12 ans de réclusion criminelle et au relogement de tous les habitants. Une lutte qui servira de point d’appui à d’autres luttes dans différentes cités de Nanterre (comme les Potagers), de Colombes, de Châtenay-Malabry et d’ailleurs, ainsi qu’à l’initiative nationale des mères et des familles victimes des crimes racistes ou sécuritaires, connues sous le nom des « Folles de la place Vendôme ». Une dimension nationale – voire internationale – soulignée dans un 4 pages spécial hommage (300 ex. distribués), et par les films « Cité Gutenberg : Mission accomplie » et « Les Folles de la place Vendôme » (agence IM’média), dont l’assistance demande la rediffusion à plusieurs reprises. Par vagues successives, les gens arrivent en effet parfois de loin, alors qu’un timide rayon de soleil fait son apparition. Un regret néanmoins : l’absence de nombreux militants d’aujourd’hui, pourtant si volubiles sur internet.

Nordine Iznasni, élu de la majorité municipale et initiateur de la rencontre à la Maison du Chemin de l’île, lui aussi un « ancien » de la cité Gutenberg, ému par ses retrouvailles, fait circuler le micro pour quelques prises de parole après les remerciements de Madame Guémiah et une courte intervention de son fils Hassan. Il y a ensuite une certaine hésitation à sortir de « l’entre-soi » nanterrien et du seul registre du témoignage. Mais François Lefort, prêtre et médecin autrefois omniprésent dans les bidonvilles et les cités de transit de Nanterre fait naturellement le lien entre Abdennbi qu’il a personnellement connu et l’histoire longue des drames vécus, rappelant le massacre du 17 octobre 1961 et aussi la figure charismatique d’Abdelkrim Latrèche, un des leaders de la mobilisation à Gutenberg malheureusement disparu depuis. Mehdi Charef, cinéaste ayant lui aussi grandi à Nanterre du temps des bidonvilles, intervient à son tour pour déplorer que toute cette histoire des gens présents ne figure pas encore dans les manuels scolaires. Dans la foulée, les discussions en aparté vont aller bon train sur ce qu’il conviendrait de faire à l’avenir pour mieux garantir que cette histoire commune s’inscrive dans la mémoire collective. On parle des victimes d’hier, de précieux documents d’époque circulent sur la mort d’Alain Khetib, lui aussi un enfant de Nanterre mort dans des conditions douteuses à Fleury-Mérogis en 1975, mais aussi d’aujourd’hui, en pensant à Jamal Ghermaoui mort à la prison de Nanterre en 2011, et dont le graf’ hommage vient tout juste d’être vandalisé.
Il est redemandé au maire de la ville, Patrick Jarry, qui a entretemps rejoint l’assistance pour une allocution publique devant la plaque commémorative au collège A. Doucet, de soutenir le projet d’un « lieu de mémoire » pour Abdennbi. D’ici là, il est suggéré de faire circuler l’exposition photos dans les écoles et les lieux publics de Nanterre – à commencer par le lycée Joliot Curie où Abdennbi a étudié, de publier un livre-catalogue, de persévérer dans le travail de recherches historiques, d’envisager de produire de nouveaux films etc.
Après un repas pris ensemble avec la famille Guémiah, on se quitte éreintés mais rassurés : la flamme de la mémoire reste vive, et la prochaine fois on fera mieux encore, inch’ Allah !

Mogniss H. Abdallah
et l’agence IM’média

- Douce France, la Saga du mouvement beur
Extraits du documentaire de Mogniss H. Abdallah ( 80 mn, 1993)
L’enquête est menée au niveau national avec la collaboration d’Ahmed Boubeker, Saïd Bouamama et Kaïssa Titous.
Les quartiers populaires, cités et banlieues, ont une histoire. Ce film réalisé à partir des images d’archives de l’agence IM’média,
raconte la saga politique et culturelle du mouvement Beur des années 80.


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