Honduras : Une démocratie ? Certainement pas !

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Alors que de nouveaux assassinats sont à déplorer au Honduras (Gilberto Alexander Núñez Ochoa, 27 ans, membre de la résistance, et José Andrés Oviedo, 26 ans, ont été assassinés de plusieurs balles en rentrant chez eux avant-hier ; voir "Continúa la criminalización : Asesinan a dos jóvenes del Frente Nacional de Resistencia Popular") la Cour Suprême de Justice hondurienne vient de révoquer et de mettre à pieds 5 magistrats pour avoir critiqué le coup d’État de juin 2009.

Pendant ce temps là, l’Union Européenne accueille Porfirio Lobo à bras ouverts (quasi ouverts : le président du Honduras n’étant plus invité qu’au second sommet de Madrid. Moins retentissant, présenté comme une "réunion", c’est là que l’UE doit clore un accord de libre-échange avec l’Amérique Centrale).

Le fascisme ne s’arrête pas : La Cour suprême du Honduras révoque les juges qui critiquent le coup d’État par Kaos en la red

Pour s’être manifesté contre le coup d’État, avoir présenté un recours de protection en faveur de Zelaya ou avoir écrit un article d’opinion dans un journal en critiquant le coup d’État...

Le président, trois magistrats et un défenseur public de l’association hondurienne "Juges pour la Démocratie" ont été révoqués par la Cour suprême du pays qui a pris ces sanction pour leurs manifestations et actions contraires au coup d’État du 28 juin 2009 [1].

Le haut tribunal qui, le jour du putsch, avait déclaré que les Forces armées avaient agi "pour la défense de l’État de droit" et qui avait qualifié le coup d’Etat comme "une succession constitutionnelle", a décidé le 5 mai dernier, avec le vote favorable de 10 de ses 15 magistrats, les révocations et mises à pieds de Guillermo López, de Tirza Flores, de Ramón Enrique Barrios, de Luis Alonso Chévez et Osman Fajardo. López (président de l’association judiciaire) et Chévez commenceront lundi une grève de la faim pour protester contre la "situation générale d’impunité" que le pays, présidé par Porfirio Lobo, vit actuellement.

Selon les cas les faits reprochés aux magistrats jugés ont été : s’être manifesté contre le coup d’État, avoir présenté un recours de protection en faveur du président Zelaya, avoir écrit un article d’opinion dans un journal en critiquant le fait que la Cour suprême défendait le putsch.

"C’est une sanction purement politique", assure la magistrate Tirza Flores, de visite à Madrid il y a peu et qui a raconté son histoire quelques jours avant l’éclatement de la polémique à propos de la venue de Porfirio Lobo pour le sommet de Madrid, mais qui reste invité par l’UE à la réunion de Union Européenne/Amérique centrale lundi 17 mai.

"La décision de nous révoquer envoie un message clair aux juges : que nous ne pouvons pas être indépendants et que nous devons nous subordonner à la hiérarchie de la Cour suprême. La mise à pieds est incompréhensible si l’on tient compte entre autres, que le Pouvoir Judiciaire lui-même a encouragé les juges à se manifester. A se manifester certes, mais uniquement en faveur du putsch", pense Flores. Un communiqué du 30 juin 2009 marqué du sceau de la Cour suprême "invitait" les "fonctionnaires et le personnel du Pouvoir Judiciaire à participer à la Marche pour la Paix au Honduras" qu’il avait lieu ce jour là à Tegucigalpa. "Ils ne peuvent pas dire que l’on ne peut pas participer à la politique et que c’est pour cela qu’ils nous ont mis à pieds, alors que c’est eux mêmes qui ont encouragé les juges à le faire en faveur des putschistes".

Un rapport du Haut Commissaire des Droits de l’Homme de l’ONU du 3 mars dernier critiquait le comportement de la Cour suprême et les processus disciplinaires contre les juges (et également sa définition du putsch vu comme "une succession constitutionnelle", tout comme l’a dénoncé l’un des juges révoqués). Il faisait remarquer que les actions du haut tribunal jetaient "le doute quant à son impartialité et son engagement dans l’État de droit" et que "les interventions postérieures de la Cour" semblaient avoir confirmé ces soupçons (en référence aux processus disciplinaires). Le rapport finissait par constater le "manque d’indépendance" de la Cour et le "grave défi" qu’il y a à supposer qu’elle rétablisse sa crédibilité et de sa légitimité.

"Juges pour la Démocratie" comprend 120 membres sur environ 600 juges présents au Honduras. "Les collègues ont une peur incroyable", affirme Flores. "La Cour a contribué à créer le climat de persécution politique qui sévit actuellement au Honduras". Les juges vont contester la décision. Face à l’échec prévisible de la présentation de ce recours devant le même tribunal, ils comptent porter l’affaire devant la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme.

Source : Kaos en la red "El fascismo no para : La Corte Suprema de Honduras expulsa a jueces críticos con el golpe de Estado"
Traduction : Primitivi


[1L’affaire a depuis pris de l’ampleur puisque d’autres magistrats se sont mis en grève de la faim pour protester contre ces révocations, voir l’article "Honduras : Cinq juges Honduriens en grève de la faim".

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