Marseille : Les assauts préfectoraux

Barricades et arrêtés, tout son possible contre...les pauvres
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Alain Gardère nouveau préfet continue son assaut contre des cibles faciles, travaillant main dans la main avec la mairie centrale de Gaudin pour la gentrification du centre ville.

Hier devant la mairie centrale a eu lieu la protestation lancée par Emmaüs contre l’arrêté municipal anti-mendicité pour le grand centre pris à la demande de la préfecture. Une centaine de personnes est venue avec gobelets, gamelles et petites pièces dénoncer la stigmatisation de la population très pauvre établie dans le centre de Marseille.

Êtes-vous favorable à l’arrêté anti-mendicité pris par la municipalité ? La Ville de Marseille nous demande notre avis. On va le lui donner ! Votez (colonne de gauche sur le site de la Mairie) et faites tourner. http://www.marseille.fr/sitevdm/jsp/site/Portal.jsp

Merci à Cathy pour cet info
(au 21/10 16h on est à 26% de Oui et 74% de Non)
(màj au 25/10 on est à 37,17% de Oui et 62,83% de Non)
(màj au 27/10 on est à 41% de Oui et 59% de Non)

Bien que Caroline Pozmentier, adjointe au maire chargée de la sécurité, s’en défende : "Cet arrêté ne stigmatise pas la détresse, il est destiné à lutter contre les comportements agressifs sur la voie publique".

On voit bien que le texte laisse plus de place à l’interprétation qu’elle ne veut bien l’avouer puisqu’il interdit "de se livrer à toute forme de sollicitation ou appel à la quête de nature à entraver la libre circulation des personnes, la commodité du passage des voies et espaces publics, l’accès aux immeubles riverains ou, de manière générale, à porter atteinte par ces comportements au bon ordre, à la tranquillité et à la sécurité publique". (mi en gras par nous)

Que signifie donc "entraver la libre circulation", "la commodité du passage", "à porter atteinte au bon ordre et à la tranquillité" ?
Ne sont-ce pas là des paramètres que l’on peut interpréter à sa guise ?

Et même si Caroline dit : "Il ne faut pas se tromper de cible, nous visons uniquement ceux qui portent atteinte à la sécurité publique". Nous avons déjà sous les yeux l’exemple des pelouses du rond-point de la Porte d’Aix qui sont fermées par des barrières, surveillées nuit et jour. Interdisant même l’utilisation du petit chemin partant de l’arrêt de bus Jules Guesde qui permet de traverser l’espace, et éviter ainsi de faire le tour sur un trottoir, qui n’en a que le nom, alors que les lieux sont encerclés par une circulation dense et rapide.

les pelouses de la Porte d’Aix, et leurs barrières

Pour ce qui est de viser ceux qui portent atteinte à la sécurité publique, non content de priver depuis trois semaines les habitants d’un espace vert assez conséquent, ils mettent en danger la sécurité des usagers à la Porte d’Aix avec un système ridicule et des questions en suspend quant à la légalité de ce "gardiennage".

Les Verts l’ont appris à leurs dépends en début de semaine lorsqu’ils se sont heurtés assez brutalement aux forces de l’ordre, ils n’ont obtenu aucune précision quant aux éventuels arrêtés concernant la fermeture de la place par des barrières et son interdiction complète au public.

Au centre ville on est maintenant habitué à une présence policière soutenue sous forme de patrouilles de CRS en camion ou à pieds, surveillant surtout l’hypercentre (Belsunce, Noailles et Cannebière). Cette présence musclée calme certes les relouds du coin mais elle tue également toute vie populaire extérieure où les camions se posent, et n’empêche absolument pas que les petits larcins continuent un peu plus loin. Donc à part le fait que monsieur le préfet montre ses muscles, il n’y a aucun pas fait vers un apaisement au centre ville. Tout au contraire le déploiement de forces martiales illustre la pression mise sur la population la plus défavorisée de la ville : sans papiers, sdf, rroms et jeunes des quartiers populaires.

Et la petite phrase que la présidente des CIQ du centre ville (plutôt proches de la mairie centrale) a faite à propos de l’évacuation des rroms de la Porte d’Aix sur la chaîne locale indique bien la volonté de gentrification du centre : "si vous allez le dimanche sur la Cannebière, vous les voyez tous là -bas à Noailles", faisant ainsi l’amalgame entre vente à la sauvette, mendicité et le marché de Noailles. Marché que le maire supprimerait bien pour y implanter un "marché provençal", sous entendu un marché propre sans immigrés remplis de produits pour les touristes.

Voilà leur Marseille : tout pour les touristes, surtout au centre, repousser les rroms et les mendiants un peu plus loin, on ne sait trop où ; vider la population pauvre et de couleur, mettre le centre sous cloche ; cacher l’état de pauvreté de la ville sans chercher à le résoudre pour mettre en place un décor "provençal".

Un beau programme ma foi, plein de courage et d’humanité !
C’est vrai qu’il est toujours plus facile de glisser les miettes sous le tapis.


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