Doctorat Sauvage

Sur la piste d’Arti Manga

Armand Gatti est mort il y a un an. L’équipe du Vidéodrome 2, qui coordonne, avec le Théâtre de la Cité, une grande commémoration du personnage, nous a demandé si Primitivi voulait faire une proposition. Sans rien connaître de son travail, mais sentant fortement depuis un moment que quelque chose nous lie à sa démarche politique et artistique, nous avons répondu OUI.

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On est allé se plonger dans des films, des bouquins, on a rencontré des personnes qui l’ont connu - et on a essayé de comprendre quels étaient son travail et son combat. La maîtrise du langage, la recherche de l’identité, le parler des corps comme des luttes politiques de tous les instants pour aller vers l’émancipation de chacun.e.


puis on a écrit ça :

​« Qui suis-je ? » « A qui je m’adresse ? » : Armand Gatti a ancré ces questionnements comme points de départ de tout acte de création – prendre conscience de soi, se situer dans une perspective historique et politique.

Nous, Primitivi télévision de rue, sommes implantés dans le quartier de la Plaine depuis 20 ans. Pour interroger les pratiques médiatiques et cinématographiques et pour expérimenter des processus de fabrication de récits, nous avons lancé, il y a 2 ans, le Doctorat Sauvage en Média Libre (DSML).

Le plus possible, nous confrontons nos histoires à la rue.

Un an après la disparition de Gatti, Primitivi rassemble Sur la piste d’Arti Manga des collectifs et individus traversés par son travail. Avec la Parole Errante Demain qui anime le lieu fondé par Gatti à Montreuil et d’ancien.ne.s participant.e.s aux expériences théâtrales de l’auteur à Marseille, nous imaginons une expérience Gatti contemporaine.

A la croisée de nos univers cinématographique, théâtral, urbain, poétique et politique, nous rendons hommage aux voies révolutionnaires et émancipatrices ouvertes par Gatti.

Au terme d’une résidence collective, émergera un collage polymorphe qui articule des paroles du passé et du présent (témoignages, lectures, théâtre), des matières filmées (projections vidéo), collées (textes et images) et sonores (musique) : nous imaginons un récit collectif pour cheminer ensemble et célébrer une pluralité de « qui suis-je » dans les rues de la Plaine.

Le rendez-vous est pris le Vendredi 20 avril à 20h sur la Plaine.

Avec les copines du collectif la Parole Errante Demain, et accompagnés de Baldwyn, Antonella, Marie-Laure, Guylaine, Hélène qui ont bossé avec lui, rejoints par la chorale la Lutte Enchantée, nous tentons de dialoguer avec l’imaginaire de Gatti pour raconter une histoire de nous. Faire se croiser des personnages (de fiction) et des personnes (réelles), des temporalités différentes, des pratiques diverses pour fabriquer un langage qui fait éprouver autant qu’il dit.

A partir de textes, d’images, de chants, d’archives et de productions propres, on collecte de la matière hétéroclite, et on explicite un bestiaire politique commun qui raconte plein de facettes d’un rapport au monde qui nous rassemble : lutter contre les injustices et les discriminations pour construire les voies de notre émancipation individuelle et collective.

Tout ça prendra la forme de collages, de projections, de lectures de texte, de chants dans les rues du quartier pour éprouver une expérience singulière, fruit de notre rencontre.

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Gatti par Gatti from primitivi on Vimeo.

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Un texte écrit après le décés de Gatti, par des camarades de la Parole Errante Demain :
Ni Dieu, ni maitre
Le Jeudi 13 avril 2017, les obsèques d’Armand Gatti ont eu lieu. Nous voulons prendre la parole, ici, en tant que, quelques-uns et quelques unes qui ont participé aux expériences de théâtre avec lui.

Nous l’avons connu sur la fin de sa vie.

​Nous ne sommes pas universitaires ou écrivains, nous avons vécu un autre Gatti. Le Gatti du quotidien d’expériences de théâtre, d’apprentissage. Gatti qui nous dit de parler plus fort en écartant les mains, de chanter le poing (le gauche) en l’air, de cracher par terre dès que le nom d’un dignitaire nazi est prononcé ou de remplacer le mot « chimie » par « physique quantique » dans la Java des bons enfants.

​Un Gatti dont on voyait le plaisir, parfois la tension, lorsqu’il regardait ses pièces de théâtre se dérouler sous ses yeux. Assis des heures durant, observant, sans louper une minute de ce qui se passait sur scène. Assis au premier rang dans son fauteuil, avec Hélène à côté, jamais très loin.

Armand Gatti est mort, notre grand-père du théâtre, qui nous a permis d’être ensemble dans cette Maison de l’Arbre, nous qui ne trouvons que peu d’endroits habitables dans ce monde.

Nous avons sauté, gueulé, chanté, nous avons parlé son langage, nous avons construit des mondes, côtoyant Rosa, Nestor, Jean et même Dieu.

Ses mots écrits traversent le temps, on s’y perd et y retrouve notre histoire, celle qui ne se trouve pas dans les livres d’école, qui n’est pas unique mais multiple, passant par mille bouches, par le chant des oiseaux et de celles et ceux morts et vivants en se battant.

Comprendre ce qui nous semble incompréhensible, à notre façon, parce qu’il y a toujours des « choses » à comprendre dans ce fabuleux ramassis de mots,

​il y en a pour tout le monde, pour tout l’univers.

​Le lendemain de la mort de Gatti, j’étais sur le canapé Porte des Lilas et il y a un petit oiseau qui s’est posé sur l’antenne du toit.

​Par la fenêtre j’ai entendu « tsi tsi bé ».

​C’était une mésange.

Et combien de ces choses anodines ne le sont plus.

​Notre regard, notre ouïe, ils sont passés dans la Parole Errante, la parole de notre grand-père du théâtre, mais dont les mots sont d’une éternelle jeunesse.

Ce qu’il a fabriqué en nous se mêle à toutes les rencontres qu’il a permises, toutes les aventures collectives qui ont pris racine de notre attachement à être ici, de cet accueil inconditionnel.

​Et pourtant Gatti n’était ni Dieu, ni maître.

Ce n’est pas avec Gatti qu’on a appris le féminisme, mais on a rencontré à travers lui les femmes en noir de Tarnac, Louise Michel, Ulrike Meinhof, Rosa Luxembourg, les militantes du MLF et bien d’autres.

​Ce n’est pas Gatti qui fait ce que l’on Est, mais la question de savoir qui l’on est, c’est lui qui nous l’a posée !

Peut-être que pour lui nous étions en effet des Dieux.

Makhno, Cavaillès, Gramsci, Gingouin, les femmes en noir de Tarnac qui seront toujours les Louise Michel de nos barricades imaginaires. Elles, eux, beaucoup d’autres : Gatti a aussi partagé avec nous ceux qu’ils appelait « ses morts », pour que nous aussi nous prenion soin d’eux. Maintenant nous prendrons soin aussi de lui, et de ses animaux quantiques.

Le plus important peut-être que j’aurai appris par ma rencontre avec Gatti, c’est que l’infini réside en l’autre, dans la multiplicité des êtres et du vivant.

Camille, Hugo, Jean-Marie et Matthieu

Extrait d’une interview avec Baldwyn de la Breteche, ancien assistant de Gatti au début des années 90. Il évoque les "Qui je suis" : la question que Gatti demandait de creuser à tous les personnes qui travaillaient avec lui.

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Baldwyn sur les Qui je suis from primitivi on Vimeo.

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